Hervé Blaise Menguele

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L'etudiant noir en Chine 22

...Quand on a été au contact d'une autre culture, on finit toujours, même de façon complètement inconsciente, par assimiler certains réflexes des femmes et hommes qu'on a côtoyés. Les Chinois, avec leurs qualités et leurs défauts, ont assurément laissé en toi quelque empreinte positive.

Cinq années durant, tu as quotidiennement été au bord du surmenage intellectuel à cause des efforts que tu fournissais pour apprivoiser la langue chinoise. Au départ, tu avais cru que tu n'arriverais pas, conforté dans cette logique par tes années de lycée, d'un labeur par toujours total. Mais en Chine, l'ambiance était toute faite de ces tourments journaliers, de cette obligation permanente de fournir un effort aux antipodes de ce dont tu étais habitué.

Peut-être est-ce là l'explication la plus logique de ces multiples cas de démence qui ont affecté plusieurs « équipiers ». L'intensité du travail qu'on attendait de nous avait quelque chose d'effrayant et pour réussir, pour être à la hauteur et parvenir par là même à conserver notre bourse, il fallait vivre reclus chez-soi à essayer de démystifier les études. Les seules distractions qu'on pouvait se permettre étant de ce fait strictement réduites à l'essentiel.

C'est grâce à ta détermination, à ton courage Alain, que tu as réussi à aller jusqu'au bout. Peut-être cette force a-t-elle quelque chose à voir avec le contexte, l'entourage, le milieu de vie. De nos connaissances chinoises, nous avons appris beaucoup de choses, des valeurs indispensables et vitales de ce monde de concurrence où les faibles se font aisément phagocyter. Dans ce brassage bénéfique des cultures, notre ami Liu avait su être ce modèle éclatant, pétri de détermination.

Né dans un petit village perdu dans la Chine profonde, ses parents n'avaient même pas assez d'argent pour assouvir leur besoin en nourriture. Mais ayant compris que par leur fils unique ils pourraient peut-être à terme, accéder aux délices qu'offre l'aisance matérielle, ils avaient mis de côté chaque radis, chaque centime qu'ils gagnaient au prix d'énormes sacrifices. Et pour s'assurer de ce que leur enfant ne manquait d'aucun livre important à Beijing, son lieu de résidence pour la quête de cette connaissance salvatrice, ils n'hésitaient pas à contracter des dettes suicidaires.

Conscient de ces sacrifices, Liu ne s'offrait point de répit dans ses études et comme un kamikaze, il se tuait au labeur. C'était un exemple de grandeur, d'oubli de soi, de détermination pour pouvoir façonner de ses mains un avenir qui se voulait digne, meilleur.

Cet état d'esprit qui caractérisait ce bon ami, n'était pas un fait isolé. La Chine est un pays peuplé d'hommes et de femmes dont la vie, le quotidien est fait de ce besoin de dépassement de soi pour se frayer un passage, un chemin, un avenir. Comment pourrait-il d'ailleurs en être autrement dans un pays peuple à outrance ? Le quotidien de ce milliard d'hommes et de femmes et un véritable combat, combat pour la survie. Cette manifestation de la volonté, de la détermination humaine a été pour toi et moi, et pour tous les autres, des éléments déclencheurs de la prise de conscience quant à la nécessité impérieuse d'inscrire notre action, notre pensée, dans cette logique ascétique.

Makokou, t'offrait un visage identique à ce que tu avais laissé cinq années auparavant. Rien ou presque n'avait changé et dans bien de circonstances, il avait subi les effets irréversibles de l'usure, du temps qui passe.

Ainsi commenças-tu à t'interroger sur la valeur même de ces multiples hommes qui peuplent ton cher village et qui ont laissé les quelques bâtisses resplendissantes faner. Tu avais surtout remarqué que ton oncle, celui-là qui était le plus acharné dans l'étalage d'une longue liste de doléances, avait une routine déconcertante. Chaque matin, alors que sa femme prenait le chemin des champs pour aller bêcher et recueillir la pitance familiale, il s'en allait à travers les chemins, de part le village s'abreuver de cette mielleuse potence tirée des meilleurs palmiers de la contrée. Il se gavait de vin de palme toute la journée et revenait à la maison le soir venu, question d'exiger sa ration nutritionnelle.

Et à peine le repas ingurgité, qu'il se mettait à t'entretenir sur les maux multiples dont souffre Makokou et le Gabon en général. Il maudissait le gouvernement, trouvait tous les torts à ceux qui complotaient contre la belle Afrique et ne trouvait rien à reprocher à son comportement assurément révoltant.

S'il avait été la seule brebis égarée dans cette communauté si prometteuse, Makokou aurait certainement réussi à avoir fière allure. Malheureusement, la plupart des hommes qui peuplaient ton village présentaient ce syndrome terrible de dépendance qui les enferme dans l'asservissement éthylique.

Le vieux Ngoubou, celui-là qui t'avait empli de présents à ton arrivée, était l'une des rares personnes à veiller sur le patrimoine commun. Il s'occupait de débroussailler la grande cour familiale. Il allait chercher l'eau à la rivière avec quelques garçonnets de la famille pour les multiples femmes des ivrognes en villégiature.

Quel contraste avec la Chine ! Quelle différence avec ce pays qui nous a été simplement difficile dans l'ensemble mais qui, il faut l'avouer, présentait tant de vertus qui pourraient inspirer notre afrique.

Je me souviens Alain, de la première lettre que tu m'avais écrite depuis le Gabon pour me faire part de ton amertume, de ta déception. Je me souviendrai d'ailleurs toujours de cette missive qui marquait peut-être le début d'une nouvelle façon de voir le monde.

To Be Continued…


Article ajouté le 2008-08-15 , consulté 39 fois

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