Hervé Blaise Menguele

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L'etudiant noir en Chine 21

Faillir, Comment pouvais-je ? Tu avais été pour moi, pour mon épanouissement, une épaule de confiance. A la longue, notre relation avait dépassé le cadre strict de l'amitié ordinaire. Nous étions devenus deux êtres au destin mêlé à cette indestructible solidarité qui fonde souvent les plus grandes histoires entre humains. Propulsés dans un univers quasi inconnu, étranger, nous avons su équilibrer notre quotidien par les nombreux défauts et qualités qui sont caractéristiques de toute conscience. Les moments de tension, de querelle propres à la nature intrinsèque de l'humain ont parfois semé le doute, la suspicion dans l'harmonieuse orthodoxie de notre quête d'une amitié transcendantale, mais la force de la confiance qu'on se témoignait mutuellement était de nature à ne céder sous le poids d'aucune malice, d'aucune conjoncture délicate.

A ton arrivée au Gabon, tu entrepris de faire tout d'abord un pèlerinage dans ton Makokou natal. Et ce fut un jeudi matin, après une nuit tumultueuse passée dans un car bondé de monde, que le vrombissement du moteur se mit à diminuer d'intensité. Les habitations d'abord éparses, devinrent de plus en plus compactes. On pouvait deviner à la lueur joyeuse de ton visage que tu approchais de ta ville magique. Makokou commençait à pointer à l'horizon et tu n'arrivais toujours pas à croire que ce gros tronc de baobab asséché, qui avait ficelé sa célébrité au fil des ans, n'avait toujours pas cédé au poids de l'âge. Fier, il continuait de guider le voyageur comme un phare dans les eaux troubles de la haute mer. Un peu plus loin, là-bas dans la broussaille, tu reconnus, de par l'aspect noirâtre des ses eaux, la fameuse rivière Liboumba qui berça ta jeunesse.

Et puis soudain, au bout d'un tournant habilement négocié par le chauffeur, l'école primaire de ta prime enfance, celle la qui t'apprit à esquisser tes premiers pas d'homme engagé dans le réel, cette école où tu obtins ton certificat d'études primaires et élémentaire, se hissa au lointain mais semblait dévêtie de ses habits les plus nobles. Le bâtiment principal donnait l'impression de subir l'usure du temps et les salles annexes n'avaient plus cette couleur éclatante qui leur donnait fière allure.

L'accueil que te réserva ton village fut triomphal. Le digne fils de la province de l'igooué-Ivindo fut célébré avec tous les honneurs. Tu revenais de la Chine avec un Bachelor, un titre ronflant et tonitruant qui réussit à endiabler même les plus réfractaires des griots de ton village qui, spontanément, se mirent à te chanter des louanges, des cantiques pour leur brillant fils qui parle chinois et qui est allé défier les « blancs » chez eux. Objet de toutes les attentions, tu retrouvais enfin cette chaleur naturelle des tiens dont tu avais déjà oublié jusqu'au souvenir.

L'enthousiasme de ces retrouvailles atteignit son paroxysme quand ta grand-mère, ayant pour seul patrimoine un porc trapu, costaud qu'elle a jalousement élevé, s'avança vers toi avec des psalmodies effarantes et te lança ces mots "mon fils, mon porc, le seul que j'ai, tu mérites de le manger car tu es brave".

Assis dans un coin de la cuisine familiale faite de boue et couverte d'une tôle sans âge, tu te mis à déguster cette viande de cochon avec entrain. Mais en observant cette bonne grand-mère devenue chétive au fil des ans, tu ressentis une gêne. Tu étais en train d'achever ce joli porc, unique richesse d'une vieille femme mourante, qui gardait sûrement son bien pour les mauvais jours. Comme un goinfre, tu broyais les os avec hargne et détermination. Seule la question de ton oncle vint t'interrompre.
- Alain, mais où est ta femme ?
Ton visage souriant et rassurant eut un effet immédiat sur l'assistance. Tous comprirent que leur inquiétude était sans fondement.
- Ma femme, leur dis-tu, es restée en Chine. Il faut d'abord que je puisse trouver du travail pour qu'elle me rejoigne.

Les congratulations et autres festivités continuèrent avec une ardeur toujours plus forte. Au fur et à mesure des minutes qui s'égrainaient, les villageois des quatre coins de Makokou avaient déjà appris la nouvelle de ton arrivée cher Alain. Spontanément, ils vinrent tous se joindre à la fête, preuve que ton village, perdu à proximité des confluents des rivières Liboumba et Ivindo, était dépourvu de ce qu'on appelle communément élites. Tu représentais cet espoir de grandeur, de revanche de toute cette communauté qui plaçait déjà en toi des espoirs inouïs et des ambitions assurément grandioses qui permettraient la réalisation du Transgabonais, tronçon communicationnel qui servirait à l'exploitation des mines dont Makokou abonde.

Rien ou presque n'avait changé dans ton village. Tout était resté intact et fidèle à tes souvenirs, conformes à ces histoires de ta communauté que tu racontais souvent à Xiao Yu.

...To Be Continued


Article ajouté le 2008-07-30 , consulté 36 fois

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