L'étudiant noir en Chine 19

...Là-bas, quelque part dans l'anonymat de la vaste Chine, tu vaques tranquillement à tes occupations. C'est étrange comme la vie peut favoriser des rencontres, des connaissances.
Dans mon Afrique natale, j'avais toujours cette habitude rituelle de m'enfermer dans mes pensées afin d'esquisser ce à quoi je voulais que mon avenir ressemble. Mon esprit voguait alors dans toutes les directions, mes espoirs étaient sans limite. Je n'avais cependant jamais su que la providence allait me propulser dans un univers inconnu, dans cette Chine qui t'a vue naître.
Le temps qui passe, qui efface nos expériences de notre mémoire, a souvent tendance à précipiter dans l'oubli certaines personnes qui ont marqué notre existence, notre quotidien, notre être. Je me refuse de sacrifier ta personne dans ce récit. Je m'impose le devoir de t'évoquer, de faire savoir à tous ceux qui me liront que dans ce pays qui aura été austère, froid, délicat pour l'épanouissement de beaucoup « d'équipiers » dans leur quête de cette promesse d'une existence plus digne, dépourvue de cette condition miserable qui ébranle la jeunesse de notre Afrique, il y a eu des rencontres, des connaissances, des gens comme toi qui auront marqué d'un sceau indélébile certains cœurs, certains esprits.
Perdu dans mes tentatives de domestiquer la langue chinoise, tu m'étais apparue avec toute la courtoisie humainement imaginable. Tu m'avais approché sans craindre la noirceur de ma peau, cette couleur qui faisait fuir tant de compatriotes a toi. Je me souviens bien de nos longues causeries, au bord du lac. Ta patience m'avait impressionnée. Tu étais assise à cote de moi, m'écoutant esquisser quelques tournures grammaticales da ta langue, me corrigeant quand le massacre devenait insupportable à ton oreille fine, m'arrêtant quand tu jugeais qu'il était nécessaire d'insister sur telle ou telle notion.
Quotidiennement, tu venais observer la cadence régulière de cette eau du lac qui, quoique pourvue de quelques algues vertes à la pureté douteuse, nous donnait l'impression de tirer sa source des profondeurs même Yang Tse. Affalé à même la fraîcheur du sol, je me livrais alors à la reconquête de mes racines. Conquête purement imaginaire, mentale. Je te racontais quelques fables de chez-moi, et tu riais d'un rire franc, charmeur, majestueux.
Un jour pourtant, je découvris sur ton visage cette lueur qui ne trompe pas. Tu avais cessé de me regarder comme cet étudiant africain à qui tu t'étais éprise d'amitié. Ton visage, tes manières semblaient indiquer que tu voulais plus. Comment oser t'en vouloir ô pureté ? Comment oser te juger Chun Yu ? Je n'aurais pas dû. Et pourtant, c'est ce que j'ai fait…
Lamentablement, je t'ai envoyée balader. J'ai prétexté un manque de temps pour t'éviter, te fuir. Je me suis d'abord arrangé à profiter au maximum de cet élan de cœur que tu me manifestais. J'avais bénéficié de ton aide dans l'apprentissage de la langue, et j'avais fait l'amour avec toi quand l'évidence de ton penchant pour moi était devenue palpable. Tu m'avais pourtant supplié de ne pas te faire de mal. Tu m'avais dit que tu étais vierge et que tu avais l'ambition de ne te donner qu'à celui là qui serait ton mari, ta moitié. Tu me dis que tu m'aimais et que tu étais prête à tout pour que cet amour qui enthousiasmait ton cœur, connaisse sa manifestation publique, officielle. Puis, nous fîmes l'amour. Ainsi vint le début de la fin de cette belle entente jadis pure, platonique.
Mon comportement à ton égard changea. Je ne voulais plus de ces séances de travail quotidiennes qui m'avaient pourtant permis d'avoir un niveau de chinois enviable. Je ne répondais plus à tes appels. Notre relation avait basculé, elle était devenue banale, inexistante.
Ayant compris que l'approche sexuelle était sur le point de gâcher cette belle entente, tu vins me voir humblement, me suppliant d'oublier le côté physique et sentimental qui était sur le point de nous précipiter dans les carcans de l'enfer.
Tu recommenças à m'aider, à me soutenir dans mes études.
Je repense à toi aujourd'hui Chun Yu. J'aimerais te confier ma peine, mes regrets. Tu avais simplement laissé parler ton cœur, tom âme. J'en ai profité pour te déshabiller, t'embrasser, te pénétrer et jouir intensément lors de ce contact magique. Et puis, après avoir découvert le son de ta voix dans ces moments qui se veulent intimes, après avoir fantasmé à chaque fois que ton corps frémissait au contact du mien, après enfin avoir découvert les formes de cette intimité qui t'était sacrée, j'ai décidé de te lâcher, de te balancer, de t'ignorer. Quelle lâcheté !
Pendant que tu m'aimais, que tu consacrais ton temps à m'aider dans les études, je courais après l'amour. Je courais après toi Yumeko, jolie et coquette fille venue du Sud de l'archipel Nippon. Ô amour, que tu sais être cruel !
...To Be Continued

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