L'étudiant noir en Chine 17
Annette, en ce moment précis où je dévore goulûment les sonorités musicales de ton pays, je ne peux m'empêcher de revivre dans ma tête ces jours de classes et ces soirées passées ensemble dans la quiétude de ta chambre. Nos conversations multiples me reviennent aussi et je me souviens bien de cette brève introduction que tu m'avais faite de ton Ile magique. C'est vrai qu'avant mon séjour en Chine j'avais déjà entendu parler de ton pays le Vanuatu grâce à Kouakou, ce célèbre dessin animé qui a peuple les journées de mon enfance et de ma jeunesse. Dans ses pages terminales, l'auteur avait l'habitude de publier les photos des lecteurs assidus qui manifestaient l'envie de se faire connaître dans le monde. Et dans chaque numéro j'avais remarqué que les photographies de tes compatriotes étaient abondamment publiées, et surtout que Kouakou était beaucoup lu dans ton pays.

J'ai pour habitude de dire que la Chine m'a permis d'aller à la découverte non pas de l'Asie, mais de mon Afrique natale. Dans ce pays, il m'a été donnée la chance de rencontrer l'Afrique dans sa presque totalité. Du nord au sud et de l'est à l'ouest, le continent noir déversait chaque année des centaines d'étudiants dans ce pays et nos relations étaient très bonnes.
La Chine m'a aussi permis de faire la connaissance des noirs venus d'autres continents, d'autres horizons.
Quelles belles images resteront à jamais imprimées dans ma mémoire de ces samedi après-midi, jours de match de football où l'équipe africaine, avec sa multitude d' «africains » venus d'horizons divers, esquissait ce rêve d'unité, de fraternité et d'appartenance à un destin commun. Ton compatriote Steve était l'un de nos meilleurs défenseurs. Harry de Trinité et Tobago assurait le ravitaillement en eau. C'est cet idéal de coopération, de synergie qui m'a toujours fait rêver de cette Afrique nouvelle, qui consacrerait enfin cet idéal de fraternité et d'unité tant caressé par Marcus Garvey, Frantz Fanon, Nkrumah et autres chantres du panafricanisme.
La vingtaine à peine entamée, ton séjour à Pékin Annette, avait d'abord suscité beaucoup d'espoir en toi. Le fait de constater qu'il y avait beaucoup de noirs d'Afrique et d'ailleurs t'avait rassuré car tu sentais que tu n'allais pas être seule à devoir affronter ton nouveau milieu existentiel.
Empreinte d'une humilité unanimement saluée, tu avais rapidement pu apprivoiser toute la communauté noire. Lors de notre première conversation, tu me parlas de ton pays, des multiples îles qui le composent. Je me souviens bien encore de ces noms que tu prononçais avec insistance pour que mon cerveau puisse retenir leur existence quelque part dans un coin du Pacifique : Malakula, Epi, Luganville, Espritu Santo, Ambrym, Maéwo et j'en passe.

Tu etais partie de Port-Vila la capitale du Vanuatu pour poursuivre tes études à Pékin mais tu ne t'étais pas imaginé que la beauté naturelle qui caractérisait ta personne allait avoir une influence dérisoire sur ton entourage.
Je me souviens encore de ce jour du mois de mai où la rumeur se mit à enfler. Il se racontait que tu avais décidé de tout abandonner. Tu voulais retourner dans la quiétude de ton Vanuatu natal. Un pays où tu avais connu l'amour physique pour la première fois à la veille de ton voyage pour Pékin. Tu avais cru en arrivant en Chine que la grande communauté noire serait pour toi synonyme de continuité dans le cours jusque la normal de ta vie. Ce que tu n'avais jamais imaginé c'est que tu allais passer de longs mois à courir après l'amour, après quelque marque d'attention qui ne venait jamais. Du haut de ta beauté éclatante, tu n'arrivais pas à comprendre que tous les hommes tant de ton pays que d'Afrique te fuyaient pour se réfugier dans des amours plus « convenables » avec les chinoises et les européennes
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Il n y avait pas de doute quelconque, la femme noire était abandonnée à son sort. Les autochtones n'avaient pas le courage de les aborder, les européens s'intéressaient aux asiatiques et les hommes noirs les fuyaient comme la peste pour une raison simple : ils avaient l'impression qu'en sortant avec une « sœur », ils compromettaient leurs chances de se forger un avenir au delà de la Chine. Il leur était plus judicieux –du moins croyaient-ils – de sortir avec les femmes d'autres nationalités qui pourraient leur permettre de quitter la Chine un jour.
Ta beauté Annette et celle des autres soeurs ne comptait plus dans ces conditions. Toi qui, fière à ton arrivée, devint conciliante à la longue, dû subir le sarcasme de tes « frères ».
C'est « vierge », rongée par la solitude, que tu t'es finalement résolue à rentrer chez-toi au Vanuatu. Tu n'en pouvais plus de cette chienne de vie et tu avas décidé de tout laisser tomber pour préserver ton intégrité physique et mentale. Tu pouvais d'ailleurs te le permettre chère Annette car tes parents avaient assez de moyens pour subvenir ä tes besoins.
Tel n'était pas ton cas Emma, beauté d'ébène venue du Dahomey…
…To be continued

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