L'étudiant Noir en Chine 16

Cinq années d'une vie sont jalonnées d'expériences multiples dont il appartient ä chacun d'en rapporter ou non les plus significatives. Je n'étais pas le seul étudiant africain en Chine, loin s'en faut, mais peut-être suis-je l'un des seuls à avoir jugé utile de consigner sur un blog certains petits détails de mon quotidien dans ce pays. Je me refuse cependant de verser dans la facilité, les stéréotypes, en crachant un venin fortuit contre mes anciens ôtes. Je me dois au contraire d'être le plus objectif possible.
Cette objectivité m'impose de reconnaître que la Chine aura contribué de façon substantielle à mon épanouissement intellectuel, matériel et m'aura surtout permis d'être en position de pouvoir donner un certain sens à ma vie. L'objectivité m'impose aussi de relever la particularité de ce séjour, la brutalité de ce contact, celui d'un africain et des ses ôtes chinois qui, pour la plupart, n'avaient jamais vu un noir de leur vie. Je m'attellerai tout au long de ce récit, de faire la part des choses, c'est-à-dire de fustiger ce qui mérite de l'être mais aussi de relever ces moments de mon séjour qui se veulent indélébiles, inoubliables.
Une autre précision vaut peut-être la peine d'être mentionnée. Chaque récit, chaque expérience se vit et se raconte en fonction de la sensibilité de l'auteur. Je ne saurais donc m'arroger la prétention de détenir la vérité absolue. Le lecteur m'excusera donc des imperfections notées ça et là.
En cette matinée de Septembre où les senteurs de l'automne pékinois commençaient petit à petit à poindre, il faisait un bien fou d'humecter à narines ouvertes l'air frais et parfumé que l'abondante flore de l'Université de Langue et de Culture éparpillait dans la nature. Dans chaque recoin, dans chaque espace inoccupé, la végétation poussait avec entrain, bien aidée par les soins quotidiens des jardiniers qui avaient réussi à transformer le campus en un véritable paradis terrestre. Et pour rendre cet univers déjà attrayant plus féerique encore, un lac artificiel était sorti de terre et était devenu le lieu de repos des étudiants qui venaient là s'asseoir en petits groupes question de contempler l'eau ruisselante au dessus de laquelle quelques algues vertes se formaient. Tout au tour du lac, des sièges avaient étés emménagés, protégés du soleil par de petits arbustes.

C'est à cet endroit que nous étions assis Esperanza, lorsque le bus de l'université, en provenance de l'aéroport s'immobilisa devant le dortoir principal, situe à 60 mètres du lac. C'était la quatrième fois depuis que le soleil était sorti de sa tanière que ce bus revenait s'immobilier là. Nous ne cachions pas notre curiosité car nous voulions voir tous les nouveaux étudiants qui arrivaient de leur pays. Notre objectif était surtout d'attendre l'arrivée de nouveaux africains pour que le comité mis en place puisse s'occuper immédiatement d'eux en leur servant d'interprète.
Au fur et à mesure que le bus se vidait de ses occupants, on remarqua qu'il y avait une délégation de dix africains qui faisait partie des nouveaux. On te demanda Esperanza de t'occuper des trois filles, les autres furent pris en charge par les autres membres de la communauté africaine.
Esperanza, cers trois jeunes filles zambiennes dont tu avais pris grand soin allaient te marquer pour toujours. Tu étais quotidiennement à leur écoute. Tu leur ouvrais ta porte à n'importe quelle heure de la journée. Elles étaient devenues comme tes sœurs. Je me souviens bien encore de ce jour où tu pris l'initiative de les présenter à ton copain Calvin du Nigeria. Dans ta douce candeur de chrétienne, tu leur présentas Calvin, insistant même pour que ce dernier les accompagne dans les rues bondées de Pékin pour qu'elles puissent faire leurs courses.

Les affinités linguistiques qui existaient entre ce nigérian anglophone et ces jeunes filles zambiennes favorisèrent leur complicité. Tu étais toute heureuse de pouvoir rendre service à cette jeunesse venue d'Afrique en quête de savoir, une jeunesse quelque peu désorientée dans ce pays lointain et complément différent. Ta présence et celle de Calvin leur permirent de faire face à la solitude avec flegme.
Mais la rumeur commença à enfler. Il se racontait que Calvin entretenait dorénavant des relations douteuses avec cers filles. Tout le monde en parlait et l'évidence sautait à l'œil. Mais toi, dans ta bonté et ta candeur, tu ne remarquais rien jusqu'à ce jour où tu surpris Calvin dans une chambre avec deux de ces jeunes zambiennes. Leur corps nu enveloppé dans une couverture épaisse finit par te faire découvrir la bassesse des Hommes. On t'avait trahi. Et pourtant, tout ou presque aurait dû te conduire à faire plus attention.
Esperanza, les jours qui suivirent furent un cauchemar pour toi. Tu étais devenue la risée publique. Tu te renfermas complètement et coupa les liens avec toute la communauté. Tu avais décidé d'affronter seule les difficultés quotidiennes et c'est tout heureux que je te vis quitter Pékin nantie de ton parchemin. Ton drame Esperanza mérite d'être relaté car il résume à perfection la condition de la femme africaine dans cet univers impitoyable, résignée à refouler ses pulsions de longues années durant parce qu'il n' y a personne avec qui elle peut s'amouracher. Conséquence, la jeunesse féminine de mon Afrique se retrouve dans l'obligation de s'humilier sur le lit du premier venu et parfois dans des conditions rocambolesques.
Ceci me fait penser a toi Annette chère sœur venue du Vanuatu…

Commentaires