Hervé Blaise Menguele

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L'étudiant Noir en Chine 14

Quand tu as foulé le sol de l'aéroport international de Pékin, tu as ressenti de la joie. Tu étais soulagé d'être enfin arrivé à destination après de longues heures de vol. Contrairement à la majorité de tes compatriotes de Guinée Equatoriale, qui avaient un penchant très remarqué pour les bonnes choppes de bière pékinoise et pour la « belle vie » en général, tu faisais preuve de retenu au quotidien.

Ta vie Lazaro n'avait rien de particulier. Comme tous les autres étudiants, tu trimais pour pouvoir maitriser la langue chinoise. Tu pratiquais le basketball, ton sport favori. Tu avais un amour appuyé pour les sciences et pour transformer cet élan passionnel en un projet professionnel viable, tu étais venu en Chine étudier l'ingénierie électrique. Mais contrairement à la majorité d'entre nous qui avaient la chance de rester à Pékin continuer nos études après l'année de langue, il avait été décidé que tu allais étudier en province.

Dès la fin du mois de juillet, il fallait rejoindre Changchun un peu plus au nord. Les conditions climatiques y sont véritablement rudes, la ville n'étant pas très loin de la Sibérie. Et pour rendre les choses encore plus difficiles, tu étais l'un des rares noirs dans la ville.

Chaque fois que tu te décidais à aller déambuler tranquillement dans les rues Changchun, tu te retrouvais immédiatement cerné par une foule de curieux, qui pour la plupart, n'avait jamais vu de noir. Tu te sentais guetté, traqué par tous ces curieux qui ont fini par t'obliger à ne plus sortir du tout. Même le basket-ball, tu avais décidé de plus le pratiquer parce que tu avais peur d'être observé, contemplé comme un animal dans un zoo.

Isolé, esseulé tu commenças à perdre les pédales. Petit à petit mais implacablement, la folie te dompta. Averti, l'ambassadeur de Guinée Equatoriale décida de faire monter sur Pékin dans son domicile pour que tu puisses te ressourcer. Il ne croyait pas que ta condition avait atteint un stade critique. Pour lui, il fallait juste que tu te reposes un peu et il avait même d'ailleurs amorcé des négociations avec les autorités chinoises pour qu'on te change de ville. Les choses nous inspiraient donc naturellement un grand optimisme.

Pendant ton séjour chez l'ambassadeur, tu donnais l'impression de récupérer très rapidement car en un mois, tu n'avais plus de cauchemars dans la nuit, tu ne délirais plus et tu pouvais à nouveau raisonner.

Monsieur l'ambassadeur avait deux fils de 22 et 24 ans qui vivaient pleinement et profitaient de chaque seconde de leur existence. A peine leur père couché qu'ils sortaient de la maison sur la pointe des pieds et revenaient à des heures impossibles puant l'alcool et toujours accompagnés de filles qu'ils avaient rencontré dans leur escapade nocturne.

Tu étais le témoin quotidien de ces ébats intenses Lazaro mais tu ne disais mot. Un mois de souffrances dans ce décor de débauche poussée où le respect n'existait pas. Plusieurs fois, on t'a prié de te lever pour céder la place à des inconnues pour des jeux pornographiques.

Un jour, n'en pouvant plus, tu attendis midi un samedi du mois de mai. Autour de la table, il y avait toute la famille et quelques invités distingués de monsieur l'ambassadeur. Pendant que tout le monde s'affairait dans son plat, tu ne quittais pas monsieur l'ambassadeur des yeux. Tu le regardais avec un air de mépris et d'arrogance.

Courroucé, il t'ordonna de cesser de le regarder et de quitter la table si tu ne voulais pas manger. Ta réponse fut suicidaire. Chaque fois que je repense à ce jour et à ce que tu as dit, il y a en moi un mélange de tristesse et d'humour. Je m'en excuse d'ailleurs Lazaro.

Debout, toisant ton hôte, tu bombardas l'inimaginable : « tu dis que tu es ambassadeur et que tu as le pouvoir. Quel pouvoir ? Tu as zéro pouvoir ! Comment peut-on baiser comme des animaux tous les jours chez un ambassadeur sans que celui-ci ne sache ? Depuis que je suis dans cette maison, ça baise toutes les nuits, ca crie à gauche, ça gémit à droite. J'en ai marre et je vais d'ailleurs écrire au président Obiang pour l'en informer. »

Tu venais de donner la preuve Lazaro que tu étais vraiment devenu fou. L'ambassadeur rouge de honte et de colère devant ses amis diplomates, prit soin de régler les derniers détails de ton rapatriement pour la Guinée.

C'est dans ta Guinée natale que ta démence a atteint son paroxysme. Ta grand mère chez qui tu vis au village ne sait plus à quel saint se vouer car depuis ton retour au pays, tu t'obstines à ne lui parler qu'en chinois. Les quelques fois où tu as consenti à dire quelques mots en fang c'était pour lui assener cette phrase péremptoire « quand on vous disait de faire l'école vous n'avez pas voulu. Maintenant tu viens m'agacer avec tes conneries. »



Article ajouté le 2008-03-12 , consulté 24 fois

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