Hervé Blaise Menguele

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L'étudiant Noir en Chine 3

L'université de Langue et de Culture de Pékin dans laquelle nous devions commencer notre initiation au mandarin est très réputée pour son sérieux dans son approche d'enseignement. Située en plein cœur du district de Haidian, elle impressionne par sa modernité. Et quoique pas assez grande, elle accueille approximativement quatre milles étudiants étrangers chaque année.

 

 

 Il fallait maintenant apprendre la langue. On nous scinda les classes. Dans la mienne, nous étions une vingtaine dont 4 camerounais et une fille noire de Vanuatu. Les autres étaient indonésiennes (4), japonais (3), Australie (1), Nouvelle Zélande (1), Suisse (1), Thaïlande (1), Laos (1), Russie (1). Nous avions deux professeurs qui alternaient. La plus jeune, Madame Liu s'illustra très rapidement dans des commentaires tendancieux. Dans ses vaines tentatives de démontrer sa connaissance du monde, elle peignait l'Afrique avec cette singularité déconcertante qu'il nous est arrivé plusieurs fois de protester. Elle décrivait l'Afrique comme ce continent pourvu en terres fertiles, peuple de paresseux, d'idiots, d'hommes irresponsables.


Les Chinois dans l'ensemble ne nous accordent aucun respect, ni à nous africains, ni à notre continent. D'ailleurs, le mot Afrique en Chinois se dit "FEIZHOU", ce qui signifie le continent du néant, du vide. Pour une petite comparaison illustrative, l'Amérique se dit « MEIGUO » qui signifie le continent merveilleux, magnifique…


IL était fréquent qu'on soit accosté dans la rue pour se faire demander pourquoi on est si noir et vilain. Notre interlocuteur ne s'arrêtait naturellement pas en si bon chemin, il continuait volontiers à puiser dans sa ciboule des âneries comme "comment étés-vous venus en Chine puisqu'il n'y a pas d'avion ni d'aéroport en Afrique ?"

 

Le répertoire de ces anecdotes est inépuisable. Et chaque fois que je pense à la Chine, j'ai toujours mon ami Kagashane en mémoire. Ce brave étudiant tanzanien qui me dit un jour « frère, il va nous falloir développer l'Afrique si on veut se faire respecter ». Je suis d'accord avec toi Kagashane, il falloir s'y atteler. Je me souviens bien de ce jour là où tu es venu dans ma chambre me relater cette histoire qui t'avait fait bien mal.

 

Tu étais arrivé à la gare pour prendre le prochain train. Tu t'étais assis dans le lounge  et pendant que tu attendais, deux vieillards qui étaient vraisemblablement un couple ne te quittaient plus des yeux. L'homme, plus en verve, interpella sa dulcinée en ces termes:" mon épouse Zhang, regarde! La Chine, notre chère Chine est vraiment déjà pourrie. Même les singes d'Afrique, il y en a déjà"! 

 

Kagashane, ne te laisse pas impressionner par ces paroles qui sont la marque même de la bêtise humaine. Souviens-toi que ta femme est chinoise preuve que dans ce tableau sombre, il y a quand même un rayon de soleil qui perce les ténèbres. Avec nos efforts, avec notre perspicacité, l'homme comprendra enfin que toutes les créatures divines sont égales.



Article ajouté le 2007-07-31 , consulté 164 fois

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